Romain BAYLAC – Broker en énergie

Le Finclub a rencontré Romain Baylac, broker en énergie, pour parler de son quotidien professionnel.

Une journée type dans la vie d’un broker, ça ressemble à quoi ?

En tant que broker en énergie, je ne peux pas me permettre d’être un lève-tard ! Ma journée débute à 6h30 (ouverture des marchés à 7h, heure de Londres) et sur les chapeaux de roues. La première chose à faire ? Jeter un œil aux changements qu’il y a eu sur les marchés depuis la veille au soir. Je regarde particuliermeent la météo*, les informations liées à la géopolitique et aux évènements sociaux. Une fois cette analyse effectuée je peux avoir un premier échange avec les traders pour entendre leur positions.

Mon rôle consiste à apporter un maximum de liquidité entre les salles de marché qui achètent et  vendent de l’énergie (sur l’électricité, le gaz, le charbon) et nos clients. Nos clients sont des producteurs d’énergie, des banques, des fonds d’investissements…

Pour ce faire, nous traitons principalement des contrats OTC (over-the-counter) ou de gré à gré. En quelques mots, cela consiste à réaliser des transactions entre deux contreparties de façon flexible et sans intermédiaire financier. Un contrat OTC est l’inverse du contrat dit « cleared » où une chambre de compensation intervient entre le vendeur et l’acheteur.

Pour être opérationnel, je passe une grande partie de ma journée à échanger avec les traders afin de connaitre leurs besoins et leurs positions. Généralement, un broker junior s’occupe d’environ 10 / 15 traders là où un broker senior peut en couvrir beaucoup plus.

Mais tous les brokers vous le diront, nous passons une grande partie de la journée au téléphone. Nous avons, en effet, des lignes constamment ouvertes avec les salles de marché avec qui nous travaillons.

Enfin,. Il faut savoir qu’il existe, aujourd’hui, relativement peu d’acteur sur le marché. Il faut donc être capable de tout couvrir (avec un desk de 6 brokers dans mon cas). Cela demande donc d’avoir les yeux (et les oreilles !) partout.

La différence n’est pas toujours perceptible entre le trader et le broker, comment la définiriez-vous ?

Un broker n’est pas un trader, bien que nous évoluions tous dans un milieu similaire. La différence réside principalement dans l’objectif : si le trader analyse le marché (macro et micro) afin de définir le prix auquel il va vendre/acheter ses actifs, le broker a lui pour but de le comprendre le prix. De plus, il doit faire le lien entre les intérêts convergents de ses clients car son but est que le trader traite via lui.

Le brooker doit donc d’avoir une bonne vision générale sur le marché dont il dépend mais contrairement à un trader, il n’a pas à le suivre assidûment…

Quels outils utilisez-vous dans votre quotidien de broker ?

Nous utilisons, tout d’abord, des plateformes spécifiques que nous donnent des information sur les marchés et l’accès à des tchats (Bloomberg, Reuters). Ensuite, via plusieurs écrans, je veille scrupuleusement aux affiches par les traders. L’un des principaux marchés Clearé européen est le EEX. Mon travail est très lié aux flux sur les marchés, nous sommes très actifs lors des pics d’activité mais mon seuil de vigilance est toujours sur mode “on”… Sur un écran, j’ai les prix OTC, sur un autre les Clearé, sur le reste l’affichage des deals, de l’information générale et des tchats pour échanger à l’écrit.

Mais disons que mon activité n’aurait pas de sens sans un bon carnet d’adresses. Aujourd’hui, avoir de nombreux contacts permet de faire jouer mon réseau et de développer toujours plus mon activité. Mon objectif est, aussi, de parvenir à fidéliser cette clientèle…

Comment devient-on un “bon” broker ?

Bien que les études nous donnent déjà un aperçu du métier, c’est dans le quotidien que l’on découvre réellement ce qu’est être un bon broker. Pour ma part, je pense qu’il est nécessaire d’avoir certaines qualités : un bon relationnel, une fibre commerciale, une maîtrise indiscutable de l’anglais… Et un bon cardio ! Car oui, même si nous passons beaucoup de temps devant nos écrans, les nombreux rendez-vous clients nous obligent à nous déplacer assez régulièrement.

Contrairement à ce que l’on croit, les bons brokers ne sont pas nécessairement des experts de la finance. Nous avons des connaissances en mathématiques, Eco, informatique… Mais pour performer au quotidien, ces éléments ne nous suffisent pas. Être humain, observateur et réactif : voilà le trio gagnant des brokers !

Un conseil pour les étudiants qui souhaitent devenir broker ?

Premièrement, je leur dirais que malgré l’apparence complexe du métier, c’est une activité professionnelle très plaisante. Alors oui le broker suit constamment les marchés et assidûment l’actualité économique, mais il ne fait pas que ça ! Le côté humain est très présent et c’est d’ailleurs sur ça que les étudiants doivent travailler. La théorie c’est chouette, mais la pratique c’est bien mieux. 

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*Le marché de l’électricité et ses prix par exemple est très impacté par la météo. Le vent pour la production éolienne, le soleil pour celle photovoltaïque. Plus il y a de vent et de soleil, plus il y a de production d’électricité via les moyens dis fatals (vs. moyens pilotables tel que le nucléaire ou la centrale thermique). Ce sont des paramètres que les tradeurs regardent constamment sur lesquels nous sommes également attentifs.